La caverne_Lucie Lyvet

 

Parfois, je me fais des reproches.

 

Parfois, je suis fâchée contre moi, très fâchée même.

 

Et parfois, quand je suis dure avec moi comme ça; même mon corps devient dur.

 

Mon ventre, ma poitrine, mon visage: figés sur place.

 

 

 

Dans ces moments-là, je me dis «Où est-il, où est le monstre ? A quoi va t'il ressembler aujourd'hui ?»

 

Puis il apparaît : Lulu-méchante, lulu-stupide, lulu-étourdie, lulu-froide, lulu-mauvaise-maladroite-impuissante-nulle...

 

Je le laisse s'approcher.

 

Surtout plus de reproches, sinon il va s'enfuir et revenir sans fin, je le sais.

 

Il avance dans la lumière.

 

Il est moche.

 

Il est moche et en plus il fait mal, comme un coup de poing dans le ventre.

 

Quand il est bien visible, je me cache. Je me planque pour toujours sous la terre, dans la caverne de la honte. De toutes façons, c'est le seul endroit où je peux aller. Et puisque c'est comme ça, je sortirai pas et je deviendrai invisible pour l'éternité.

 

 

 

Le monstre, lui, est encore là, dans ma poitrine.

 

Il fait encore mal mais, maintenant, je peux bien le voir : Sa peau, ses griffes, ses yeux: des petits yeux pas fiers. Je peux entendre son souffle, c'est comme un grognement fragile.

 

 

 

Puis, vient une drôle de sensation, comme si une deuxième paire de bras me poussait. Celle-ci pousse vers l'intérieur de moi. Et ces mains qui grandissent sont toutes douces. Elles avancent vers le monstre et l'entourent.

 

Et là, il fond en larmes. Il fond vraiment. Pssshittt... Il disparaît.

 

 

 

Puis, c'est tout noir. Rien que le noir du fond de la caverne.

 

C'est un noir immense de tous les côtés.

 

Noir comme l'écran avant le film.

 

Noir comme le terreau avant les semis.

 

Noir tout permis.

 

 

 

Et après, j'entends comme un murmure de voix qui répète :

 

« La caverne n'est pas sans fond,  je le sais, j'ai déjà vu des brèches. La caverne n'est pas sans fond, je le sais, j'ai déjà vu des brèches. La caverne n'est pas sans fond. »

 

 

 

Et, juste pour voir, je peux m'approcher de ces brèches. De l'autre côté, la lumière est plus juste.